Vous êtes-vous déjà demandé si les lézards assoiffés pouvaient encore percevoir le danger ? Eh bien, dans l’article de blog de cette semaine, nous avons la réponse ! Dans son article intitulé ”Percevoir le danger : coûts énergétiques et hydriques de la chimioréception chez un lézard” , l’auteure Chloé Chabaud partage ses travaux fascinants sur la chimioréception chez Zootoca vivipara. Elle a découvert que les mouvements de langue chez les lézards dépendent de leur niveau d’hydratation et que plus le lézard est déshydraté, moins ses capacités chimioréceptives sont efficaces (c’est génial, non ?). Au-delà de ses recherches, Chloé s’engage activement pour sensibiliser le public et obtenir du soutien à la recherche sur le changement climatique. Vous pouvez suivre son actualité et celle de son équipe sur les réseaux sociaux : @chabaudchloe.bsky.social
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1. À propos de l’article
Notre papier s’intéresse à un sens très important que les reptiles utilisent pour de nombreuses fonctions vitales, comme repérer une proie, reconnaitre un partenaire ou éviter les prédateurs : la chémoréception ! Ce sens se situe quelque part entre l’odorat et le goût : les lézards et les serpents utilisent leur langue bifide pour échantillonner des molécules chimiques dans leur environnement (on appelle cela un tongue flick), et ces informations leur permettent de choisir quel comportement adopter. Avec ce projet, nous voulions comprendre le coût réel de l’utilisation de ce sens. La chémoréception demande-t-elle beaucoup d’énergie ? Et le fait d’ouvrir la bouche et de sortir la langue de manière répétée contribue-t-il à une perte d’eau par évaporation, notamment dans un environnement sec ?
Pour répondre à ces questions, j’ai étudié un petit lézard très commun en France et en Europe : Zootoca vivipara. Dans un premier temps, j’ai mesuré les variations du métabolisme et des pertes hydriques lorsque les lézards augmentaient leur fréquence de tongue flick en réponse à des odeurs de prédateurs. Puis je me suis demandé : que se passe-t-il lorsque les lézards sont déshydratés ? En exposant des individus déshydratés à des odeurs de prédateurs, j’ai évalué si la restriction hydrique altérait leur comportement et leur capacité à discriminer les odeurs.
Nous avons trouvé que l’usage de la chémoréception chez cette espèce augmentait à la fois la dépense énergétique et les pertes hydriques évaporatives. Par conséquent, les lézards déshydratés utilisaient moins leur langue pour échantillonner l’environnement et avaient plus de difficulté à distinguer les odeurs de prédateurs des odeurs inoffensives. Cela indique que le manque d’eau peut réduire la capacité des lézards à percevoir le danger. Ces conséquences pourraient avoir beaucoup d’importance dans la nature, surtout avec l’augmentation des sécheresses liée aux changements climatiques. De nombreux autres taxons utilisent ce sens pour détecter proies ou prédateurs, dont les insectes, et pourraient aussi être impactés.
2. À propos des expériences
Plusieurs défis se sont présentés à nous avant même de pouvoir collecter les données de ce papier. D’abord, il fallait capturer des lézards. Nous avons la chance de travailler au CEREEP–Ecotron Île-de-France, une superbe station de recherche avec des enclos extérieurs hébergeant des populations de cette espèce suivies depuis de nombreuses années. Une fois les animaux capturés, les choses sérieuses ont commencé. Mesurer le taux métabolique et les pertes hydriques évaporatives nécessite d’utiliser un système de respirométrie en flux ouvert : une succession de chambre de mesure, de tubes, capteurs et connecteurs qui me rappelle toujours les circuits à billes que je construisais quand j’étais enfant. Mettre en place les enregistrements vidéo n’a pas non plus été simple : il fallait pouvoir lancer l’enregistrement vidéo à distance, sans que le lézard nous voie, afin que notre présence n’altère pas son comportement.
La seconde partie du projet a amené un défi supplémentaire : observer comment les lézards déshydratés réagissent à des odeurs de prédateurs nécessitait d’obtenir des odeurs fraiches de serpent pour chaque jour de l’expérience. Cela impliquait de capturer des serpents vivants autour de la station, ce qui a été rendu possible grâce à l’aide des étudiant·e·s et du technicien de la station.
3. À propos de l’autrice
Je suis actuellement postdoctorante, mais ce projet a été réalisé durant ma thèse, au cours de laquelle j’ai étudié l’influence de la balance hydrique sur les relations trophiques chez le lézard vivipare. Mon prochain projet portera sur l’étude de mésocosmes pour comprendre comment les variations de température modifient les interactions entre espèces et le fonctionnement des écosystèmes. J’ai particulièrement hâte de commencer à travailler dans le Métatron terrestre de la station SETE à Moulis, qui permettra d’aborder ces questions de façon intégrative.
Comme beaucoup de chercheur·euse·s dans mon domaine, je constate que mener des études expérimentales en écologie devient de plus en plus difficile. La recherche publique en Europe manque cruellement de moyens, et les gouvernements continuent de ne pas considérer la science comme une priorité, alors même que les changements climatiques représentent l’une des menaces globales les plus urgentes. Il est décourageant de voir à quel point on manque de soutien à long terme pour les travaux de recherche nécessaires à la compréhension et à l’atténuation de ces impacts. Mais je pense qu’il faut continuer à persévérer et à défendre la valeur de la recherche expérimentale en écologie et biologie évolutive.
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